Codification & propriétés SOLIDWORKS : le petit chantier qui répare toute votre chaîne BOM → ERP
Publié le 10 juin 2026 — vous cherchez la source de vos erreurs de nomenclature dans l'ERP. Elle n'y est pas. Elle est dans la pièce, au moment où l'ingénieur la nomme.
On m'appelle presque toujours pour un problème « en bas de la chaîne » : la BOM ERP est fausse, le stock ne correspond à rien, on achète des pièces qu'on a déjà. Et presque toujours, après une journée d'audit, je remonte à la même origine : la manière dont les pièces sont nommées et renseignées dans SOLIDWORKS. Pas l'ERP. Pas le connecteur. La pièce elle-même, à la seconde où un ingénieur clique sur « Enregistrer sous ».
C'est frustrant à entendre, parce que ça veut dire que le problème coûteux d'aujourd'hui vient d'un geste anodin d'il y a deux ans. Mais c'est aussi une excellente nouvelle : si la racine est en haut de la chaîne, alors une correction en haut de la chaîne répare tout ce qui est en dessous. Deux heures pour poser le socle, et des mois d'erreurs qui s'évaporent.
Je vais vous montrer les trois piliers de ce socle, dans l'ordre où je les installe. Le troisième — l'automatisation — est celui qui transforme une bonne intention en habitude que personne ne peut contourner.
Un test en 30 secondes : ouvrez votre ERP et cherchez « équerre ». Combien de résultats ? Si vous trouvez « Equerre », « équerre inox », « EQUERRE-01 » et « support d'angle » pour la même pièce, vous avez déjà votre diagnostic. Chaque doublon est un achat en trop qui attend son heure.
Pilier 1 — La codification des références
Chaque pièce a besoin d'un identifiant unique, stable et non ambigu. La grande question, celle qui fait débat dans tous les BE : référence significative ou séquentielle ?
Codification significative
La référence encode l'information : MEC-VIS-M8x20-INX. Lisible par l'humain, mais fragile : que se passe-t-il quand la pièce change de matière ou de catégorie ? La référence ment, ou vous en créez une nouvelle pour rien.
Codification séquentielle
Un simple numéro unique : P-100427. Muet pour l'humain, mais increvable : la pièce peut évoluer, sa référence ne bouge jamais. L'information vit dans les propriétés, pas dans le nom.
Après 100+ projets, je recommande presque toujours le séquentiel muet, avec toute l'intelligence portée par les propriétés. La référence significative semble pratique le premier jour, et devient un piège le jour où le produit évolue. Une pièce, un numéro, pour la vie — et tout le reste est du metadata qu'on peut faire évoluer sans rien casser.Mohamed Omar Baouch
Peu importe le camp que vous choisissez : ce qui tue, c'est l'absence de règle. Une codification médiocre appliquée par tout le monde vaut mieux qu'une codification parfaite que chacun interprète à sa façon.
Pilier 2 — Les propriétés personnalisées
Les propriétés personnalisées sont les données que la pièce transporte avec elle : désignation, matière, fournisseur, indice, masse, traitement de surface. Ce sont elles qui alimentent le cartouche du plan, la nomenclature SOLIDWORKS, la carte de données PDM, et in fine la BOM de l'ERP. Elles sont la source de vérité qui coule dans toute la chaîne.
Le problème récurrent : chacun les saisit à sa manière. « Acier », « acier », « ACIER », « S235 », « inox » (mais lequel ?). Chaque variante casse un filtre, fausse un regroupement d'achat, crée un faux doublon. Le remède tient en deux principes :
- Une liste de propriétés obligatoire et figée — les mêmes champs pour toutes les pièces, définis une fois pour toutes.
- Des valeurs contraintes par listes déroulantes — pas de saisie libre là où une liste peut exister. On ne tape pas « inox », on le choisit.
SOLIDWORKS offre l'outil natif pour ça : le Property Tab Builder, un formulaire sur mesure qui s'affiche à droite de l'écran et impose les bons champs avec les bonnes listes. C'est le passage obligé pour arrêter l'hémorragie.
La masse est le cas d'école : elle doit être liée à la valeur calculée par SOLIDWORKS, jamais saisie, et n'est juste que si chaque pièce porte son matériau — sinon SOLIDWORKS prend 1 000 kg/m³ par défaut. Le mémo masse volumique des matériaux et calcul de masse donne les valeurs de référence pour vérifier.
Pilier 3 — L'automatisation de la saisie
Voici le pilier qui fait la différence entre « on a écrit une procédure que personne ne suit » et « c'est devenu impossible de mal faire ». Tant que bien nommer une pièce repose sur la bonne volonté, ça échoue un jour de rush. La solution : rendre la bonne pratique automatique et la mauvaise impossible.
- Numéro de pièce auto-attribué — via le PDM (serial numbers), l'ingénieur ne choisit plus le numéro : le système le donne. Zéro doublon, zéro logique perso. Reste à décider quand une modification mérite un nouveau numéro plutôt qu'un nouvel indice : voir la règle d'interchangeabilité.
- Property Tab Builder + valeurs par défaut — les champs critiques sont pré-remplis quand c'est possible, contraints par liste sinon.
- Contrôles à la validation — un workflow PDM qui refuse le passage à l'état « Validé » tant qu'une propriété obligatoire est vide.
- Templates de départ — les modèles de pièce, d'assemblage et de plan portent déjà la structure de propriétés. On part propre, on ne rattrape pas.
Ce graphique illustre un cas type, mais l'ordre de grandeur est constant : quand la saisie devient automatique et contrainte, les incidents s'effondrent. Non pas parce que les gens deviennent plus rigoureux — mais parce qu'on ne leur demande plus de l'être.
L'effet de levier sur toute la chaîne
Revenez à votre test des « équerres ». Maintenant, imaginez la même recherche après ce chantier : un numéro unique, une désignation normalisée, une matière choisie dans une liste. Un seul résultat. Un seul achat. Un stock qui dit la vérité. C'est aussi la matière première de toute IA appliquée au bureau d'études : voir ce que l'IA change vraiment dans SOLIDWORKS PDM et la grille pour vérifier si vos données sont prêtes.
C'est ça, l'effet de levier. La pièce bien née se propage proprement :
- Le cartouche du plan est juste, automatiquement.
- La eBOM SOLIDWORKS est cohérente, sans nettoyage manuel.
- La carte de données PDM est complète, les recherches fonctionnent.
- La BOM transmise à l'ERP arrive propre — le connecteur n'a plus à deviner.
- Les achats regroupent, comparent, ne doublonnent plus.
La hiérarchie à retenir : on ne répare pas la qualité des données en bout de chaîne, à l'ERP, à coups de nettoyages sans fin. On la décide en haut, à la pièce. Deux heures pour poser le socle valent plus que six mois de correction en aval. C'est le meilleur retour sur investissement de tout le métier.
Alors avant de relancer un énième nettoyage de votre base ERP, posez-vous la seule question qui compte : d'où viennent vraiment ces erreurs ? Neuf fois sur dix, la réponse tient dans le premier « Enregistrer sous » d'une pièce. Réglez ce geste-là, et vous n'aurez plus jamais à réparer la même chose deux fois.
Questions fréquentes
Comment bien codifier ses pièces en bureau d'études ?
Un identifiant court, non signifiant et non réutilisable, attribué automatiquement. La tentation du code parlant — matière, famille, client dans le numéro — se retourne toujours contre vous le jour où une pièce change de famille : l'identifiant devient faux et vous ne pouvez plus le corriger sans casser l'historique. Mettez l'information dans les propriétés, pas dans le numéro.
Faut-il un code parlant ou un numéro séquentiel ?
Séquentiel, dans l'immense majorité des cas. Le code parlant rassure au démarrage puis devient ingérable : il faut arbitrer chaque exception, les longueurs explosent, et personne ne le lit vraiment une fois la recherche par propriétés en place.
Quelles propriétés personnalisées sont indispensables ?
Au minimum : désignation, matière, indice de révision, et l'état du document. Ajoutez ensuite ce que consomment réellement votre cartouche et votre ERP — pas davantage. Chaque propriété non utilisée est une saisie que quelqu'un bâclera.
Peut-on corriger une codification après coup ?
Oui, mais le coût croît avec le volume et l'ancienneté. Une reprise se mène comme une migration : gel des règles, correspondance ancien/nouveau, traitement par lots, contrôle. C'est faisable, ce n'est jamais gratuit — d'où l'intérêt de trancher avant la mise en production.