SOLIDWORKS, Inventor, Fusion 360 ou CATIA : quel logiciel de CAO choisir ?
Publié le 14 septembre 2026 — un comparatif écrit par quelqu'un qui passe ses journées à récupérer les données des autres. Pour chaque outil : le profil auquel il convient vraiment, ses limites réelles, et les cinq critères qui décident — à commencer par celui que presque personne ne calcule avant de signer.
Transparence avant de commencer : je travaille dans l'écosystème SOLIDWORKS, et vous devez le savoir en me lisant. Ce comparatif est un avis personnel, qui n'engage pas mon employeur. Il vient de ce qu'on trouve dans les fichiers produits sous chaque outil, pas des plaquettes commerciales.
La réponse courte, par profil
Si ce tableau vous suffit, tant mieux. La suite explique pourquoi — et surtout ce qui rend un de ces choix très coûteux dans trois ans.
1. « Lequel est le meilleur » est la mauvaise question
Les grands modeleurs mécaniques du marché font tous le travail. Sur une pièce mécanique standard, un extrudé reste un extrudé, un congé reste un congé, et les différences de confort que les commerciaux mettent en avant s'effacent après trois semaines d'usage. Choisir sur une comparaison de fonctionnalités, c'est choisir sur le seul critère qui ne coûtera rien dans cinq ans.
Les vraies questions sont ailleurs : avec qui échangez-vous des fichiers ? Qui pourrez-vous recruter ? Comment sortirez-vous de cet outil le jour où il faudra en changer ? Ce sont elles qui coûtent cher — et c'est précisément le genre de facture que je vois arriver sur mon bureau, plusieurs années après la signature.
2. SOLIDWORKS : le standard de fait de la PME mécanique
Pour qui : bureaux d'études de machines spéciales, tôlerie, sous-traitance mécanique, biens d'équipement — l'immense majorité du tissu industriel français.
Ce qui le porte : la base installée. Ce n'est pas un argument technique, c'est le plus solide de tous. Vos clients vous envoient des fichiers natifs, vos sous-traitants les ouvrent, les candidats connaissent l'outil, les bibliothèques de composants existent, et le réseau de revendeurs assure support et formation partout en France. La tôlerie et la mise en plan sont matures, et la gestion des données s'intègre nativement — PDM Standard est d'ailleurs inclus avec les éditions Professional et Premium, donc déjà payé.
Ses limites, honnêtement : le surfacique complexe reste en retrait de CATIA ou NX ; les très gros assemblages demandent de la méthode et du matériel (j'y ai consacré un guide entier) ; le modèle reste attaché au poste Windows, loin de la souplesse d'un outil navigateur ; et la facture globale dépasse largement le prix de la licence seule.
3. Autodesk Inventor : le choix de la continuité
Pour qui : les maisons déjà installées dans le monde Autodesk — AutoCAD omniprésent, historique de plans 2D considérable, parfois Revit à côté pour le bâtiment.
Ce qui le porte : Inventor est un modeleur mécanique complet et sérieux, et il arrive généralement dans une collection qui embarque aussi AutoCAD, Fusion et Vault — le PDM maison. Quand une entreprise possède déjà ces licences et ces compétences, payer une deuxième fois pour aller ailleurs a rarement un sens économique.
Ses limites : en France, la base installée mécanique est plus étroite que celle de SOLIDWORKS — cela se ressent au recrutement et dans les échanges avec les clients. Et attention au réflexe « la collection contient tout » : Vault est un vrai PDM, qui demande le même travail de paramétrage, de codification et de conduite du changement que n'importe quel autre. Aucun outil ne dispense de la méthode.
4. Fusion 360 : le meilleur rapport qualité-prix, avec une contrepartie
Pour qui : startups hardware, ateliers d'usinage, très petites équipes, bureaux d'études de produit où la CAO et la FAO vivent dans les mêmes mains.
Ce qui le porte : pour un abonnement d'un ordre de grandeur inférieur aux licences classiques, vous obtenez la modélisation, l'usinage, un peu de simulation et le rendu dans un seul outil, avec une collaboration cloud immédiate et une prise en main rapide. Pour une équipe de trois personnes qui conçoit et usine, c'est difficile à battre.
La contrepartie, à regarder en face : vos données vivent dans le cloud de l'éditeur, avec son propre modèle de gestion des versions — ce qui veut dire une réversibilité à préparer et une politique d'export à mettre en place dès le premier jour. La montée en charge sur des assemblages de plusieurs milliers de composants, la structuration des nomenclatures et l'intégration à un ERP y sont plus délicates. Beaucoup d'entreprises démarrent très bien sur Fusion, puis se posent la question de la bascule en grandissant : anticipez-la au lieu de la subir, comme pour tout passage au cloud.
5. CATIA, Creo, NX, Solid Edge, Onshape : les autres choix sérieux
- CATIA — l'outil de l'aéronautique et de l'automobile, référence du surfacique complexe et des très grands assemblages. Dans la plupart des cas, il n'est pas choisi : il est imposé par le donneur d'ordre, qui veut du natif. Pour une PME généraliste, c'est une puissance surdimensionnée, avec un coût d'entrée et une exigence de compétences à l'avenant.
- Creo (PTC) et NX (Siemens) — solides sur la grande série, la conception paramétrique poussée et la simulation, avec une intégration PLM pensée à l'échelle du groupe (Windchill, Teamcenter). On les rencontre surtout là où la gouvernance des données est déjà un sujet d'entreprise.
- Solid Edge (Siemens) — alternative crédible et souvent sous-estimée pour la PME, avec une approche de modélisation souple appréciée sur la reprise de géométrie importée.
- Onshape — entièrement dans le navigateur, avec un versionnement et une gestion des branches hérités du monde logiciel. Excellent pour une équipe dispersée ou multi-plateforme ; à évaluer sur la connexion permanente exigée et sur l'intégration à votre chaîne existante.
- FreeCAD — open source, gratuit, en progrès constants. Parfait pour apprendre et pour l'usage personnel ; pour un bureau d'études professionnel, pesez l'absence de support contractuel et la compatibilité avec les fichiers de vos clients.
6. Les 5 critères qui décident vraiment
Voici la grille de choix que je recommande, dans cet ordre de priorité — l'ordre compte autant que la liste :
Je n'ai jamais vu une entreprise regretter son choix de modeleur pour une fonction manquante. J'en ai vu beaucoup le regretter parce qu'elles ne pouvaient plus recruter, plus échanger avec un client, ou plus ressortir proprement dix ans d'historique.Mohamed Omar Baouch
7. Le coût total que personne ne calcule
Le prix des licences est la partie visible et la plus facile à négocier. Sur cinq ans, comptez aussi, poste par poste :
- La maintenance annuelle, sans laquelle vous perdez mises à jour et support ;
- Le matériel : un modeleur mécanique exige des stations correctement dimensionnées, et parfois un serveur ;
- La formation et la perte de productivité des premiers mois — le poste le plus sous-estimé de tous ;
- La reprise de l'historique : convertir, contrôler et re-qualifier des années de fichiers est un projet à part entière, pas une case à cocher ;
- La gestion des données, qui arrive toujours.
Un dernier point, souvent décisif : changer de modeleur ne convertit pas votre historique par magie. Les formats neutres transfèrent la géométrie, pas l'intelligence du modèle — arbre de construction, paramètres, contraintes. C'est le sujet de fond que j'ai traité dans le guide des formats d'échange, et la raison pour laquelle un changement d'outil se planifie comme une migration, pas comme un achat.
8. FAQ
Quel est le logiciel de CAO le plus utilisé en France ?
Dans la mécanique et les machines spéciales, SOLIDWORKS domine largement le tissu des PME, avec Autodesk Inventor comme second acteur installé. CATIA règne sur l'aéronautique et l'automobile, et Creo comme NX se rencontrent surtout dans les grands groupes. C'est cette répartition, plus que les fonctionnalités, qui devrait guider votre choix si vous travaillez en sous-traitance.
Fusion 360 peut-il remplacer SOLIDWORKS en entreprise ?
Pour une petite structure qui conçoit et usine ses propres produits, oui, très bien. Les points à vérifier avant de généraliser : la taille de vos assemblages, la structuration des nomenclatures, l'intégration à votre ERP, et votre politique de réversibilité des données hébergées.
Peut-on ouvrir un fichier SOLIDWORKS dans Inventor, et l'inverse ?
Oui, avec des degrés variables de fidélité, et le plus souvent via un format neutre. Vous récupérez alors la géométrie, mais pas l'arbre de construction ni le paramétrage. Pour un échange ponctuel c'est suffisant ; pour une reprise de fond, c'est un projet de conversion.
Changer de logiciel de CAO : combien de temps faut-il prévoir ?
La formation se compte en semaines, la vraie transition en mois. L'essentiel du temps ne part pas dans l'apprentissage du modeleur, mais dans la reprise des bibliothèques, des modèles de mise en plan, des règles de codification et de l'historique. Comptez la même rigueur qu'une migration de données.
Faut-il choisir le PDM en même temps que la CAO ?
Il faut au minimum choisir la CAO en sachant quel PDM ira avec, et ce qui est inclus. Rien n'oblige à tout déployer le même trimestre, mais découvrir le sujet deux ans plus tard coûte toujours plus cher — les signaux qui annoncent ce moment sont assez prévisibles.
Le résumé en une ligne : choisissez l'outil de vos clients et de votre bassin de recrutement, vérifiez la sortie de vos données avant d'entrer, et budgétez la formation et l'historique aussi sérieusement que les licences.Mohamed Omar Baouch